Comment gérer l'écriture durant les séances de sciences?
Le premier principe sur lequel nous nous sommes mis d'accord avec les enfants c'est que les mots ne s'écrivent pas comme ils se prononcent (en effet, par exemple, on peut compter jusqu'à plus de 500 000 façons possibles (si on considère toutes les combinaisons graphèmes-phonèmes de la langue française) d'écrire hyppopotame (et qui toutes se prononcent "hyppopotame") et quelques dizaines plausibles, ce qui en tout état de cause rend l'orthographe aléatoire avec des enfants qui n'ont pas suffisamment fréquenté l'écrit pour "sentir" comment ça a des chances d'être.

Donc, les mots s'écrivent comme ils s'écrivent, comme on a l'habitude de les voir. Ce qui veut dire que, de deux choses l'une : soit ils savent et écrivent, soit ils ne savent pas et se donnent les moyens de trouver, c'est-à-dire qu'ils cherchent des aides auprès des autres, auprès du maître, auprès des fichiers lexiques qui existent et reprennent spécifiquement les mots et expressions couramment utilisés dans le domaine concerné (ici les sciences et les expériences), auprès d'écrits références (des comptes-rendus, des légendes, etc.). En tout cas, pas question d'inventer. Au mieux de combiner des choses que l'on connaît (comme le mot "repoter" qu'un enfant avait inventé pour dire "changer de pot", ce qui, à mes yeux, même si c'est faux et on lui dit, est plus intéressant linguistiquement que "ranpauttez").

On pourrait penser que cette attitude "stérilise" l'envie d'écrire, mais si elle est mise en place dès le départ, la vigilance orthographique fait partie intégrante de l'acte d'écrire, du respect de l'autre par les normes de communication. J'avoue parfois utiliser la technique de la "dictée à l'adulte", quand "ça urge", qu'il y a trop de choses à faire en même temps ou qu'on est trop pressés. Mais à chaque fois je me rends compte que ce qui est noté est de l'oral retranscrit où la réflexion est un peu squizée, alors que quand on est bien organisé pour prévoir le temps d'écriture dans la séance de sciences, ce temps aide à synthétiser la pensée, pour ce qu'elle peut l'être avec des petits. Donc j'évite, parce qu'à la base, c'est une technique qui résulte de la croyance en la correspondance écrit-oral. Je préfère la technique de la "commande à l'adulte": les enfants n'étant pas encore autonomes pour gérer tous les paramètres de l'écriture (d'une observation, d'un compte-rendu, d'une hypothèse, etc.), ils peuvent néanmoins avoir une idée de ce qu'ils veulent écrire et de comment ils voudraient que ce soit écrit; ils prennent ainsi l'habitude de penser l'écrit qu'ils veulent, de penser d'abord aux macro-structures au lieu de commencer tout de suite par un mot, par une phrase, et de s'enliser dans les micro-structures. Et ils passent commande au maître de ce qu'ils veulent.

À lui d'écrire, éventuellement de proposer plusieurs versions si la commande n'est pas assez précise, et à eux de lire pour voir si ça correspond bien à ce qu'ils attendent (avec l'avantage pour eux lecteurs de savoir ce qu'il va y avoir dedans (comme nous adultes qui anticipons largement le contenu de ce que nous lisons - et de toute façon on se risque peu à lire des choses totalement inconnues...) et ainsi de prêter attention au principal : ce qui est écrit et comment c'est écrit).

La production écrite est la situation typique de surcharge cognitive et la commande à l'adulte permet d'alléger les tâches pour se consacrer à l'essentiel, à l'essence de l'écriture. Ce travail d'écriture pour le maître n'est pas un travail supplémentaire, mais un travail à la place des fastidieuses heures de corrections orthographiques (dont on sait qu'elles ne servent à rien, si ce n'est à faire croire aux parents qu'on est un bon maître comme au bon vieux temps), qui ne sont pas totalement supprimées mais considérablement allégées par les stratégies orthographiques décrites ci-dessus (outils de référence et aides diverses et multiples où les enfants peuvent se débrouiller tout seuls, le principe étant que si le maître est le seul recours possible, il est tout puissant dans la classe mais en même temps esclave de l'impuissance des enfants. Bref, plus ils en font tout seul, moins on en fait et plus on peut se consacrer à eux avec la tête moins dans le guidon...). De plus ce type d'écrit fait du maître un producteur d'écrits (ce qui est la moindre des choses quand on prétend enseigner la production écrite) et donne des supports aux activités de lecture.

Auteur: Thierry Opillard
Écrire: thierry.opillard@wanadoo.fr
Source: http://perso.wanadoo.fr/elmo.international